André Breton, Entretiens
« France représentait le prototype de tout ce que nous pouvions exécrer. Si, à nos yeux, il était, entre toutes, une réputation usurpée, c’était la sienne. Nous étions tout à fait insensibles à la prétendue limpidité de son style, et surtout son trop fameux scepticisme nous répugnait. Il était celui qui avait dit que “le sonnet des Voyelles n’a pas le sens commun” mais que les vers en sont “amusants”. Sur le plan humain, nous tenions son attitude pour la plus louche et la plus méprisable de toutes : il avait fait ce qu’il fallait pour se concilier les suffrages de la droite et de la gauche. Il était pourri d’honneurs et de suffisance, etc. Nous étions dispensés de tout ménagement. Cette baudruche s’est si parfaitement dégonflée depuis lors qu’il est aujourd’hui difficile d’imaginer les fureurs que purent soulever ces quatre pages qui réunissaient des textes d’Aragon, de Delteil, de Drieu La Rochelle, d’Éluard et de moi. Selon Camille Mauclair, Aragon et moi nous appartenions au “genre des fous furieux”. Il s’exclamait : “Ce ne sont plus mœurs d’arrivistes et d’apaches mais de chacals…” D’autres allaient plus loin : ils réclamaient des sanctions. »