Influence de Laurence Sterne sur Virginia Woolf
« Notre devoir est de noter ici les faits pour autant qu’ils sont assurés : le lecteur en fera, pour lui, ce qu’il pourra. » (p. 87). Ici, le lecteur est complice de ce théâtre narratif, invité à ne rien prendre au pied de la lettre. Le narrateur-démiurge, omniprésent, soi-disant éclairé, entretient l’ambiguïté narrative en permanence, il noue davantage qu’il ne dénoue les confusions. À plusieurs reprises, il feint de vouloir calquer le rythme de son récit sur celui des pensées d’Orlando. Ce dispositif est comique et douteux, s’inscrivant dans l’héritage de Laurence Sterne (1713-1768), écrivain britannique qui a inventé le narrateur digressif et profondément ironique, feignant de prendre le lecteur à témoin. C’est notamment dans son œuvre fondatrice, Vie et Opinions de Tristam Shandy, gentilhomme (1759), qu’on retrouve le personnage du narrateur autoréflexif, exposant ses mécanismes de narration par des ruptures de ton et, démystifiant les codes du récit traditionnel. Comme chez Sterne, Woolf exhibe la fiction par la fiction, invitant le lecteur à douter, à mettre à distance tout discours qui se prétendrait objectif. Ici, la liberté narrative est à l’image de la liberté existentielle revendiquée par Woolf.
Reniers-Cossart, Natalie; Montefusco-Martin, Antona; STOCK, EMMANUELLE. Agrégation de Lettres 2026-2027. Littérature générale et comparée. Vertiges biographiques (textes et images) (p. 52). EDITION MARKETING. Édition du Kindle.