« Breton, Aragon, Eluard, ont fait de la femme un ange. » (Xavière Gauthier)

« Breton, Aragon, Eluard, ont fait de la femme un ange. Terriblement désexuée, celle-ci a été placée suffisamment haut pour ne pas gêner les échanges et les courants créateurs. « L’amour, déclare sentencieusement un héros porte-parole d’Aragon, ce n’est pas la coucherie. » [Aurélien] C’est quoi alors? un songe. On a une épouse et des enfants, parce qu’il faut bien vivre. On a une femme qu’on aime, parce qu’il faut bien rêver. « Il avait aimé Georgette, sa vie avait été tout entière pour Georgette et les enfants. Mais quand il fermait les yeux, il revoyait Bérénice. » [ibid] « Bérénice était son secret. La poésie de sa vie. Cette chose non accomplie (…) ; « il faut à l’homme un certain taux de chimères. Il lui faut un rêve pour supporter la réalité. Ce rêve, c’était Bérénice. Bérénice identifiée à toutes les idées nobles, à tout ce que le monde peut contenir de fier et de hautain. Aurélien la liait à toutes ses songeries. »

Songe brumeux, parfois très beau, presque toujours sans poids, la femme est « proie et servante » sinon de la « volupté collective » du moins des délices oniriques des mâles. Idolâtrée et adorée à deux genoux, elle est telle qu’on n’ose plus, au sens littéral du terme, la toucher. On la respecte, on l’entoure du sentiment le plus parfaitement hypocrite, haut placé dans l’échelle des valeurs bourgeoises et chrétiennes : le respect de la femme. »

Xavière Gauthier [pseudonyme !], Surréalisme et sexualité, p. 269-270.