{"id":143,"date":"2026-02-13T09:32:31","date_gmt":"2026-02-13T08:32:31","guid":{"rendered":"https:\/\/agregation-lm.fr\/?p=143"},"modified":"2026-02-13T09:32:31","modified_gmt":"2026-02-13T08:32:31","slug":"nadja-leona-camille-ghislaine-delcourt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/2026\/02\/13\/nadja-leona-camille-ghislaine-delcourt\/","title":{"rendered":"Nadja (L\u00e9ona Camille Ghislaine Delcourt)"},"content":{"rendered":"<p>Saint-Andr\u00e9-Lez-Lille, 23 mai 1902<br \/>\nBailleul &#8211; 15 janvier 1941<\/p>\n<p>Les affabulations romanesques des uns, les \u00e9lucubrations des autres nous contraignent \u00e0 traiter ici de la vraie Nadja, celle qui s&rsquo;est d\u00e9nomm\u00e9e ainsi quand Breton l&rsquo;a rencontr\u00e9e rue Lafayette, \u00e0 Paris, le 4 octobre 1926.<\/p>\n<p>Fille d&rsquo;un typographe devenu repr\u00e9sentant en bois et d&rsquo;une m\u00e9canicienne d&rsquo;origine belge, L\u00e9ona rencontre en mai 1919 un officier anglais dont elle a une fille, Marthe, n\u00e9e le 20 janvier 1920. Elle la confie \u00e0 sa propre m\u00e8re, et, d\u00e8s 1923 gagne Paris, o\u00f9 elle s&rsquo;installe dans un petit appartement pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise Notre-Dame-de-Lorette. Elle exerce diff\u00e9rents petits m\u00e9tiers, se trouve un protecteur en la personne d&rsquo;un pr\u00e9sident de la cour d&rsquo;assises de N\u00eemes, le juge Gouy, et, \u00e0 l&rsquo;occasion, se livre \u00e0 la prostitution en levant un client au Claridge. Il lui arrive, comme elle le confie \u00e0 Breton en mentionnant son patronyme v\u00e9ritable, de passer de la drogue au cours d&rsquo;un voyage en Hollande, ce pourquoi elle a affaire \u00e0 la police.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;elle fait la connaissance de Breton, elle demeure \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel du Th\u00e9\u00e2tre, rue Ch\u00e9roy, face \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des artistes du Th\u00e9\u00e2tre des Arts, o\u00f9 il ira lui d\u00e9poser un message. Ils se voient presque chaque jour du 4 au 13 octobre. Apr\u00e8s la nuit pass\u00e9e \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel du Prince de Galles \u00e0 Saint-Germain-en-Laye, o\u00f9 leurs \u00e9changes furent plus charnels que ne laisse entendre la r\u00e9vision du volume en 1963, Breton se demande : \u00ab\u00a0se peut-il qu&rsquo;ici cette poursuite \u00e9perdue prenne fin?\u00a0\u00bb Peut-\u00eatre se sont-ils unis \u00e0 nouveau comme le laisse entendre cette phrase \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu ses yeux de foug\u00e8re\u00a0<em>s&rsquo;ouvrir<\/em> le matin sur un monde o\u00f9 les battements d&rsquo;ailes de l&rsquo;espoir immense se distingue \u00e0 peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n&rsquo;avais vu encore que des yeux se fermer.\u00a0\u00bb (OC I 715) qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e \u00e0 la correction. A Pierre Naville*, mis dans la confidence de cette \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb, il dira : \u00ab\u00a0Avec Nadja, c&rsquo;est faire l&rsquo;amour comme avec Jeanne d&rsquo;Arc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;apr\u00e8s-midi du 13 octobre, la relation d&rsquo;une m\u00e9saventure avec un homme \u00e0 qui elle se refusait manque l&rsquo;\u00e9loigner d&rsquo;elle \u00e0 tout jamais. Il la revoit \u00ab\u00a0bien des fois\u00a0\u00bb cependant, la conduit \u00e0 la Galerie Surr\u00e9aliste o\u00f9 elle ne sait trop comment se comporter en pr\u00e9sence de Simone*. Terriblement affect\u00e9 des proportions que prennent les r\u00e9alit\u00e9s triviales dans la vie de la jeune femme, Breton s&rsquo;irrite \u00e0 son sujet. Il lui fait rencontrer Eluard* dont le jugement lui semble objectif.\u00a0 Celui-ci conclut \u00e0 un malentendu social : elle adore Breton comme elle n&rsquo;a jamais aim\u00e9 aucun homme, mais elle souffre de sa pauvret\u00e9. Breton se tourne alors vers Simone, partie \u00e0 Strasbourg : \u00ab\u00a0Cette femme, je ne l&rsquo;aime pas et [&#8230;] vraisemblablement je ne l&rsquo;aimerai jamais. Elle est seulement capable, et tu sais comment, de mettre en cause tout ce que j&rsquo;aime et la mani\u00e8re que j&rsquo;ai d&rsquo;aimer. Pas moins dangereuse pour cela.\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Simone, 8\/11\/26). Soucieux de ses difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, Breton vend un petit tableau de Derain* pour lui venir en aide. Le libre reproduit scrupuleusement une partie des messages qu&rsquo;elle lui adresse. \u00ab\u00a0C&rsquo;est froid quand je suis seule. J&rsquo;ai peur de moi-m\u00eame [&#8230;] Andr\u00e9. Je t&rsquo;aime. Pourquoi dis, pourquoi m&rsquo;as-tu pris mes yeux.\u00a0\u00bb (22\/10\/26) \u00ab\u00a0Quand tu es l\u00e0 &#8211; le ciel est \u00e0 nous deux &#8211; et nous ne formons plus qu&rsquo;un &#8211; r\u00eave si bleu &#8211; comme une voix azur\u00e9e &#8211; comme ton souffle\u00a0\u00bb (22\/10\/26) \u00ab\u00a0Mon aim\u00e9 [&#8230;] C&rsquo;est si grand m&rsquo;amour cette union de nos deux \u00e2mes &#8211; si profond et si froid cet ab\u00eeme o\u00f9 je m&rsquo;enfonce sans jamais rien entendre de l&rsquo;au-del\u00e0 &#8211; et puis quand je reviens toi tu es l\u00e0 &#8211; mais la mort elle aussi est l\u00e0, oui elle est l\u00e0 derri\u00e8re toi, mais qu&rsquo;importe. Je ne peux finir\u00a0\u00bb. (15\/11\/26) Mise \u00e0 la porte de son h\u00f4tel, elle en trouve un plus modeste encore, rue Becquerel. Ses ultimes messages sont poignants de d\u00e9tresse et de lucidit\u00e9 :\u00a0\u00bbIl pleut encore\/Ma chambre est sombre\/La coeur dans un ab\u00eeme\/Ma raison se meurt\u00a0\u00bb lui \u00e9crit-elle le 29 janvier (OC I 1512). Quinze jours plus tard, elle d\u00e9cide d&rsquo;elle-m\u00eame de s&rsquo;effacer, glissant sous la porte de son unique ami un mot o\u00f9 elle l&rsquo;encourage \u00e0 mener \u00e0 bien la mission dont il est investi. Le 20 mars 1927, elle a une crise d&rsquo;angoisse, se croit pers\u00e9cut\u00e9e, voit des hommes sur les toits. La g\u00e9rante de l&rsquo;h\u00f4tel, Mme Richard, appelle la police. Le car de Police-secours la conduit \u00e0 l&rsquo;infirmerie sp\u00e9ciale du d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu, o\u00f9 elle est intern\u00e9e pour \u00ab\u00a0troubles psychiques polymorphes\u00a0\u00bb. Le m\u00e9decin-chef l&rsquo;envoie \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Sainte-Anne d&rsquo;o\u00f9 elle est transf\u00e9r\u00e9e, le 24 mars, \u00e0 l&rsquo;asile de Perray-Vaucluse (d\u00e9partement de la Seine). A la demande de sa m\u00e8re, elle est transf\u00e9r\u00e9e en mai 1928 \u00e0 l&rsquo;asile de Bailleul, dans le Nord. Elle y d\u00e9c\u00e8dera le 15 janvier 1941, de \u00ab\u00a0cachexie n\u00e9oplasique\u00a0\u00bb, due aux restrictions alimentaires ayant touch\u00e9 les h\u00f4pitaux psychiatriques pendant l&rsquo;Occupation.<\/p>\n<p>Breton ne l&rsquo;a plus revue apr\u00e8s sa crise, malgr\u00e9 la lettre de recommandation qu&rsquo;il avait demand\u00e9e au Dr Gilbert Robin (l&rsquo;auteur des\u00a0<em>R\u00eaves \u00e9veill\u00e9s<\/em> que Breton avait appr\u00e9ci\u00e9) aupr\u00e8s du m\u00e9decin-chef de l&rsquo;asile de la Seine. En tout \u00e9tat de cause, il ne put apprendre son d\u00e9c\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 son retour d&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Avec la vente Breton*, le public a pu prendre connaissance des documents de Nadja que leur destinataire avait pr\u00e9cieusement conserv\u00e9s en un dossier de 32 lettres ou billets autographes et de la quarantaine de dessins joints. Outre son int\u00e9r\u00eat documentaire ind\u00e9niable, l&rsquo;ensemble, extr\u00eamement \u00e9mouvant, fait ressortir l&rsquo;attachement de Nadja au compagnon qu&rsquo;elle divinise.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Henri BEHAR, Dictionnaire Andr\u00e9 Breton (2012)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saint-Andr\u00e9-Lez-Lille, 23 mai 1902 Bailleul &#8211; 15 janvier 1941 Les affabulations romanesques des uns, les \u00e9lucubrations des autres nous contraignent<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,1],"tags":[],"class_list":["post-143","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-breton","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":146,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions\/146"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agregation-lm.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}